Without You I'm Nothing
Partie 1 - L'effet nocebo


Septembre 1997. Au Parc des Princes, l'un des plus grands groupes du monde fait son show : U2. Bono la superstar est dans les starting blocks, et regarde avec une plus ou moins grande attention passer sa première partie. Un groupe qui monte sans cesse, indécent, dont on parle autant pour la débauche de rage à peine pubère de ses titres que pour le caractère sulfureux de son chanteur, presque autant maquillé que Robert Smith à la grande époque. Placebo est sur scène.

Placebo fait les une de NME comme des pires choux grasDepuis des dizaines de mois, les yeux sont braqués sur le trio. Premier album à succès, sonnant comme une gifle donnée au monde lissé de la pop, faisant sortir les tripes d'une adolescence qui ne trouvait plus ses mots, deux cents concerts dans les jambes... la vie de Brian et de ses camarades de fête est malgré tout très loin d'être facile. On les retrouve volontiers à la Une du NME comme des pires choux gras britaniques...

Ce soir là, l'usure se fait encore un peu plus sentir que d'habitude ; la spontanéité des premiers instants s'effrite heure après heure.
Le show est rodé, mais le coeur s'évade. Depuis quelques mois déjà, le groupe a détourné son regard cerné vers l'avenir. Marre de cette hystérie incontrôlable et gratuite, marre de cette frustration primaire à peine ou trop vite lâchée, marre de ces visages jeunes qui dévoilent plus qu'il ne cachent leur ambiguité.
Pour la première fois, Brian entame une chanson en public par "Strange infatuation seems to grace the evening tide". Without you I'm nothing est lâché au public pas forcément concentré sur les dires du chanteur. Clairement, l'heure est désormais au démaquillage. "Plaisir d'amour ne dure qu'un moment, chagrin d'amour dure toute la vie", entonne Brian. Tout est dit.

Quelques semaines plus tard, après de brèves vacances, Brian Steve et Stefan entrent enfin en studio. A la fois piaillant d'impatience et réglés comme des horloges comtoises, il est temps pour chacun de libérer ses pulsions de spleen et d'écoeurement.

Without You I'm nothing sentira le souffre et les larmesBrian est brisé par sa vie sentimentale désespérément instable. Stefan est oppressé par une vie personnelle tout juste inexistante. Without You I'm Nothing, titre évident trouvé avant même d'avoir enregistré toutes les chansons du disque, sentira le souffre et les larmes. Ce sera le disque de la rédemption et du dégoût de soi, du dégoût de tout. Moins teinté de spontanéité, il aura un abord bien plus froid, et tiendra pourtant bien plus de la mise à nu de chacun de ses membres. Le disque ira au delà des frustrations de chacun.

 

Pour soigner ses plaies, le groupe choisit d'enregistrer dans les studios Real World, véritable maison de retraite du rock n roll. A la campagne chacun s'évade, se promenant le long des rives, nourrissant les canards du lac... et ne sait pas trouver le sommeil après des journées de 12 heures d'enregistrement. Chacun profite du temps pour déconstruire le premier opus, qui donne toujours des hauts-de-coeur à ses géniteurs.
Steve Osborne, le producteur, veille au grain. Mais l'ambiance est naturellement studieuse ; le groupe n'en fait qu'à sa tête, et se fond dans sa propre spirale créatrice, insufflant égoistement la tristesse et la violence que chacun souhaite.

La tracklist en dents de scie fait alterner rage et spleensLes morceaux de rage alternent avec les spleens, faisant ressembler la tracklist de l'album à une scie dentée au millimètre près. Le groupe oserait même ses premières ballades...

L'album sera finalement terminé à Londres. La convalescence prenant fin, le groupe se découvre le besoin de mettre le disque sous intraveineuse de testostérone. La grande cité est d'ailleurs l'infirmière idéale du grand brûlé. Londres se trouvera même être plus qu'une garde malade : enregistrer à Whitfield Street, au delà des rives de la Tamise, sera le berceau d'un des peut être plus surprenants coup de chapeau de Placebo, Pure Morning.

En mai, à l'occasion de rares concerts warm up, Placebo rappelle à tout le monde que l'envie et la hargne font malgré tout partie du jeu. Quelques titres de Without You I'm Nothing sont joués, et le groupe peut enfin tester l'effet de son nouveau bébé sur la foule. Sur un autre rythme, mais la sauce semble à nouveau prendre.

Without you I'm nothing ne fera pas dans la demi-mesureLes dernières craintes sont encore un peu plus éloignées le 3 août, jour de la sortie du premier single, Pure morning. Lancinant, prenant tout juste à contre-pied ceux qui attendaient le trio au tournant, le single est rapidement un succès et se place dans le top 5 des charts. Le clip même est à l'opposé de ce qu'on pouvait attendre de Placebo. L'ambiance est à la lenteur, au calme, et au suicide avorté... Le monde est prévenu. Le vernis à ongle noir à commencé à être gratté jusqu'au sang.

Encore quelques semaines et ce sera la sortie de ce second opus. Chacun y lira ce qu'il souhaite. Mélancolie. Colère. Noirceur. Peur...


Without You I'm Nothing ne sera pas un album faisant dans la demi mesure.

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