Without You I'm Nothing
Partie 2 - Chronique d'un retour remarqué et remarquable


Entre les sorties du single Pure Morning et de l'album Without You I'm Nothing, quelques mois s'égrennent encore. C'est l'occasion pour le groupe de se remettre en jambes au cours des festivals de l'été 1998, mais aussi de se prêter avec plus ou moins de bonheur à la curiosité des fans, mais surtout à celle des journalistes, au sujet de l'opus à venir.

Le groupe est mieux préparé à l'exercice que pour la promotion du premier album. Les interviews se font le plus souvent à trois voix, Brian évitant de redevenir la cible numéro 1 de journalistes sur les dents. Au cours des interviews, le chanteur évoque son changement de rythme de vie, l'usure des excès, qui ont finalement abouti à l'accouchement du second album du groupe. Rien n'est dû au hasard.

L'album sort enfin le 12 octobre 1998. Douze titres plus un qui, comme prévu, ouvrent les vannes de la douche froide attendue sur le public. Là où l'album éponyme débitait un rock criard et peut-être un peu mal contenu, le sujet à radicalement changé pour la seconde galette ; ballades, montagnes russes sentimentales... plus de cris, juste des larmes. Le tout survolé par le chant de Brian Molko, en progrès incontestable, toujours un peu nasillard mais au combien plus calibré.

L'album tourne beaucoup autour de la déception amoureuse. Pour Molko, Without You I'm Nothing est clairement un journal intime qui ne l'est plus du tout. Le chanteur expie ses douleurs sous l'oeil voyeuriste du monde, sans pour autant s'acaparer la vedette. Without You I'm Nothing est un album construit à six mains, trois cerveaux, trois coeurs.

Le trio se met à nu et le fait de la plus belle manière qui soit. Without You I'm nothing est rapidement un grand succès en Angleterre, montrant aux radios qu'il est encore possible de faire un tabac avec autre chose qu'une pop-soupe acidulée et insupportable, ou encore qu'avec des sons électroniques aux origines à peine connues.

En France, terre d'asile du power trio, le succès n'en est pas moins marquant. Cet album aux accents de Cure, ressemblant vaguement à Indochine, sombre et romantique, est du goût des Français. Les Placebo se veulent héritiers du romantisme Baudelairien, rien que ça. Le public de l'hexagone semble ne pas avoir de problème avec ce noble héritage autoproclamé.

Le succès traverse même l'Atlantique, à moindre mesure cependant. Là où le premier album avait difficilement été vendu à 5000 copies, Virgin met les petits plats dans les grands pour la sortie du second disque. Ce n'est pas moins de 50000 disques qui sont pressés, soit dix fois plus que le précédent... dérisoire pour un si grand pays, mais une première victoire pour les trois européens en mal de succès sur les terres américaines.

Dans la foulée de la sortie de Without You I'm Nothing, le groupe reprend la route. Il est désormais temps de pratiquer les douze chansons sur scène. Désormais accompagné du timide Bill Lloyd, encore caché près des amplis au fond de la scène, Placebo entame par une tournée anglaise à guichets fermés.
Regonflés à bloc et avec une envie de dévorer le monde entier, le groupe part vaillamment à l'assaut de la suite de la tournée.

Prochaine étape : les Etats-Unis.

 

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