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Without You I'm Nothing Ils ont fait ce qu'ils avaient à faire. Ils ont simplement mis en boîte les nombreux fantasmes qu'ils ont - tous! - réalisés durant les deux années de tournée (avec Iggy, Bowie ou U2) qui ont suivi leur premier album excitant, acclamé et réussi. Avec "Without You I'm Nothing", les personnalités s'affirment (on apercevra d'ailleurs prochainement les membres de Placebo donner la réplique à Ewan McGregor et Eddie Izzard dans le film glam "Velvet Goldmine"). Brian Molko, tête brûlée pour la bonne mauvaise cause, tient dans le groupe le rôle de la star amphibologique à la perfection. Et puis il y a un nouveau batteur de Manchester qui est tout de même là depuis deux ans et qui faisait partie de la formation embryonnaire de Placebo. Entre-temps, Steve Hewitt a joué dans Breed, puis dans les Boo Radleys et apporte ici la seule chose qui faisait défaut au premier disque. Le rythme palpable du sexe, resté quoi qu'il advienne inchangé depuis l'ère Bo Diddley. Il y a enfin Stefan Olsdal, grand échalas et guitariste de son état, prêt à s'adapter à n'importe quelle situation et à tirer tout le monde du pétrin à l'aide de ses Fender Jaguar. Stefan Olsdal (guitares): L'album a été produit par Steve Osborne (Happy Mondays, U2 etc...NDR). Il a passé beaucoup de temps sur les guitares. J'ai utilisé le set Marshall/Fender Twin basique. Amplis Vox pour les titres les plus lents.
Pas d'alibi trip-hop ou drum'n'bass. "Without You I'm Nothing" est un pur album de rock'n'roll avec l'abnégation guitare/basse/batterie... Stefan Olsdal : (Rires) Ouais... On a composé tous ces morceaux en tournée. Logique donc qu'une fois en studio, on utilise le moins d'effets possibles. On s'est juste servi de quelques overdubs et de quelques effets électroniques tordus, comme au début de Brick Shithouse, ou d'un zeste de claviers sur Pure Morning. Steve Hewitt (batterie): On ne s'est pas senti obligé de se réfugier derrière un mur de claviers comme Jon Lord (rires). Stefan Oldsdal : Comme tu disais, on n'avait aucune envie de se la jouer trip-hop ou big-beat. La raison d'être un groupe de rock, c'est que tu n'as pas besoin d'essayer de sonner comme quelqu'un d'autre pour faire quelque chose de bon.
La plupart de vos influences sont puisées dans les années 80... Stefan Olsdal : C'est drôle, beaucoup de gens nous disent la même chose. On n'a jamais voulu faire un album dans cet esprit-là. Mais je suppose que c'est normal, car nous avons tous grandi au son de ces groupes: New Order, Depeche Mode... Steve Hewitt : Non, pourquoi?
Le riff de Scared Of Girls ressemble pas mal à celui d'un titre qui s'appelle Tostaky... Stefan Olsdal : Mince, ils sont très connus chez vous? Aïe, c'est la merde (rires).
L'atmosphère générale de l'album est assez mélancolique... Stefan Olsdal : Ce disque est sans doute plus profondément émotionnel que le premier. Mais il y a également des trucs plus légers comme You Don't Care About Us. C'est finalement assez schizophrène. Ca va du plus bas au plus haut. Passer de Summer's Gone à Scared Of Girls, c'est vraiment de la grosse saute d'humeur. Ca parle beaucoup de nos peines de coeur. De ce que nous avons traversé durant les deux dernières années de notre vie. La folie sur la route, le fait de jouer dans un groupe pour lequel les choses fonctionnent plutôt bien. Steve Hewitt : Ça parle de perte d'amour, de choses perso entre nous trois. Mais également de solitude, de folie, d'alcoolisme (rires). C'est vraiment la synthèse de toutes nos expériences.
Niveau écriture, comment abordez-vous le travail? Stefan Olsdal : Pour celui-là, nous avons davantage composé ensemble. Sur le premier, c'étaient essentiellement des chansons écrites dans nos piaules. Il y a certains titres que j'ai composés chez moi en Suède et que j'ai ensuite ramenés, mais dans l'ensemble, ce fut vraiment un travail de groupe.
C'est important pour vous de créer votre propre univers? Steve Hewitt : Brian est américain, Stefan est suèdois et moi anglais. Une sorte d'explosion culturelle quand on se retrouve tous les trois. Nous ne sommes pas particulièrement à la recherche d'un son. c'est naturel. Selon moi, notre particularité vient du fait que nous soyons un groupe européen et non pas anglais. On n'a pas cet horrible son brit pop. Stefan Olsdal : Nous sommes dans cette tradition du trio qui s'étend du Jimi Hendrix Experience à PJ Harvey en passant par Police ou les tout premiers trucs de Cure. Il y a quelque chose de psychédélique dans le fait de jouer à trois. Chacun développe les possibilités de son instrument mais tout le monde fait bloc pour ne faire qu'un. A un niveau créatif, je ne pense pas que nous pourrions jouer avec quelqu'un d'autre. Par exemple, sur scène, c'est moi qui joue les quelques parties de piano. En fait, tout dépend du nombre de mains et de pieds dont tu disposes. Je peux jouer de la basse en actionnant une pédale basse. Et Steve va s'occuper de me déclencher quelques sons et effets pendant que je m'occupe des claviers. Steve Hewitt : On fait une sorte de crossover entre la technologie et le rock'n'roll. Et on tente de le faire avec solidité et goût. Ça nous permet également de maintenir l'intérêt en éveil tous les soirs. Si ça se trouve, je vais merder et m'embrouiller dans les boutons (rires) Stefan Olsdal : On a la classique transversale sexuelle. C'est quelque chose qui fait partie du groupe. Steve Hewitt : Complètement. Tu peux prendre ça sous tous les angles (rires). Stefan Olsdal : C'est vrai que la ligne de basse d'un titre comme You Don't Care About Us a un côté presque enfantin. En fait, on aime surtout s'amuser. C'est comme sur la face B du single Pure morning, on s'est fait un plan en français. Ca parle d'une fille qui vient de l'espace intersidéral et on y a collé des paroles vaudou. On a passé près de quatre mois sur ce disque. On s'est vraiment mis la pression pour que tout tienne bon la route.
Avez-vous été surpris par le succès de votre premier album ? Stefan Olsdal : La première fois que Brian m'a joué Nancy Boy, je me suis dit: "Ca va être un hit. Ou bien, le pape n'est pas catholique" (rires). Je ne pensais cependant pas qu'il aurait autant de succès. Je me disais que c'était trop dur pour les radios commerciales, surtout au niveau des paroles. C'est vrai que pas mal de gens se sont identifiés à la personnailté de Brian. A la façon dont il gère son existence. Ca nous a d'ailleurs valu quelques ennuis. Comme les problèmes de drogue de Brian... Robert, notre premier batteur, ne pouvait pas supporter ça et moi j'étais là, au milieu, à essayer de limiter les dégâts. C'était un véritable cauchemar. Ça prenait une tournure misérable avant que Steve ne nous rejoigne. Steve Hewitt : Depuis, on m'appelle l'ange du rock (rires). Stefan Olsdal : Si les gens ont accroché sur le premier, ils devraient trouver celui-là encore mieux. La production est bien meilleure. Rétrospectivement, ça fait bizarre de réecouter le premier: je pense que les morceaux sont très bons, mais on aurait pu avoir une meilleure prod'. J'ai l'impression que ça n'est pas le même groupe, ça sonne très jeune. Plus on s'améliore en studio, plus on s'améliore sur scène et vice versa
A un moment, ça parle du MC5 (Scared Of Girls)... Stefan Olsdal : (Rires) Brian est très branché sur tout ce qui est post punk: Sonic Youth, PJ Harvey, Television ou encore Iggy & The Stooges. On a d'ailleurs fait une date à Paris. Steve Hewitt : On a rejoué avec lui à un festival en Allemagne. Iggy est cool mais son groupe est vraiment épouvantable. C'est du fucking rock'n'roll, dans le mauvais sens du terme.
Quelles sont vos aspirations? Stefan Olsdal : On aspire à la longévité. Ce groupe représente vraiment toutes nos vies. On a l'impression d'avoir trouvé la bonne combinaison. Il faut qu'on préserve ça. Ca dépend si on arrive à rester suffisamment en bonne santé. Il y a un morceau sur l'album qui s'appelle Summer's Gone où on se demande combien de temps un artiste peut parvenir à garder sa force créatrice. Tu as toujours forcément ça en arrière-pensée... C'est difficile à dire.
Ca dépend en fait. Prenez Neil Young... Steve Hewitt : On n'est pas trop fans. Mais le premier concert auquel j'ai assisté, c'était un concert de Neil Young au Luxembourg. Il était super remonté. Aux States, il a l'habitude de jouer devant 20 000 personnes. Là, il y avait 600 personnes à tout casser. Il pétait toutes ses cordes, il donnait l'impression d'être très en colère.
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