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Without You I'm Nothing Il est là, fidèle à sa réputation : Brian molko, en Ava Gardner revue par David Lynch, s'applique poliment. Après s'être entendu demander s'il pouvait interpréter, comme ça au débotté, l'un des impérissables tubes du premier groupe de Jean-Louis Aubert, l'homme qui tutoyait les villes françaises ("Salut Bezons, tu vas bien ? C'est bon de te revoir. Je dis : 'On te donne trois boules'", etc), Brian fait papilloner son khôl en souriant : argent, trrop cherr, trrop grrand, la vie n'a pas de prrix !" C'est que Brian Molko, le petit bi avec la raie au milieu, a grandi entre autres au Luxembourg... Tout comme Stephen, le garnd homo (mais strict alors) avec des clotures en guise de barbe, qui joue de la basse dans le trio. Seul Steve le viril mancunien, ne peut s'exprimer dans notre langue. Brian, quant à lui, parle donc au moins aussi bien ,que Laurent Boyer, en moins visqueux s'entend. Là, à Detroit, quelques heures avant le dernier concert de la tournée américaine consécutive à l'intriguant "Without you I'm Nothing", le trio paraît un peu las. Mais heureux : "Pure Morning" cartonne partout dans le monde et notamment aux Etats-Unis où les kid, en plus, doivent certainement raffoler du maquillage du Molko, d'ailleurs très ami avec la mante religieuse Marilyn Manson. Pourtant les Placebo, eux, ne font pas dans le gothique à la sous-Alien Sex Fiend, ni, contrairement à ce que beaucoup ont l'air de penser, dans le néo-glam. Leur deuxième album évoque plutôt des Sonic Youth pop ou un Cure passé au rouleau compresseur métallique des Pumpkins. Ce qui est sûr c'est que ce disque est nettement plus élaboré que le précédent et que 1998 restera pour le groupe le début de ce qui pourrait bien être une grande et belle aventure. Rock&Folk : Comment vous sentez-vous ? Brian : A ce moment précis, j'ai l'impression d'être dans le coma. C'est comme si je suçais les dernières gouttes d'une bouteille, avant qu'elle soit totalement vide. 1998, c'était les montagnes russes. Mais pour la première fois de notre carrière, tout se passe à un niveau mondial. Surtout avec "Pure Morning" : de l'Afrique du Sud à l'Indonésie en passant par les Etats-Unis, tout le mondre semble trouver ce morceau épatant. Top Ten en France... ce n'est pas trop mal. Vous avez le sentiment d'avoir atteint une autre marche sur le podium ? Brian : Exactement. Je suis persuadé que la prochaine tournée aux USA va être dévastatrice. Cette fois les fondations sont posées. Hormis d'évidents avantages financiers, que représente pour vous le marché américain ? Steve : L'aspect compte en banque n'est pas négligeable, pour sûr. Mais le but primordial est qu'un maximum de gens puissent entendre notre musique. Si, durant le procédé, nous gagnons quelques koopecks en sus, ce n'est pas plus mal. Je ne donne pas dans le bénévolat, chéri ! Votre succès ou vos possibilités de succès aux Etats-Unis sont certainement dus au fait que vous ne sonnez pas du tout typiquement anglais... Brian : Bien sûr. Notre mentalité n'est définitivement pas insulaire, contrairement à ces groupes anglais qui prétendent se contenter d'avoir du succès uniquement dans leur pays, ce qui est un point de vue très commode. Nous, on n'est pas effrayés à l'idée d'aller ailleurs et de repartir de zéro. L'Angleterre est tellement petite... Placebo n'a aucun problème pour quitter Paris et aller jouer à Boston. Passer du Bataclan à un trou à rat face à vingt personnes... C'est un choc culturel mais c'est le métier. Le Bataclan, pffff. C'était incroyable... J'ai explosé une guitare mais elle était inutilisable de toute façon. A ce propos en quoi le public français est-il différent des autres ? Concerto : Les fans français sont fantastiques, vraiment incroyables. Probablement les plus fascinants que nous n'ayons jamais eus. Les français ont toujours aimé les dingues : Cure, Radiohead, vous... Stefan : Les Français sont dingues... Des gens bizarres qui portent des vêtements très bizarres ( venant de lui la remarque est croustillante-NdA ) Steve : Ces groupes sont excellents. C'est donc assez normal. Brian : Vous mangez de la viande crue et vous aimez PJ Harvey. Les gens ici ne comprennent rien aux paroles. Peut-être ont-ils naturellement une préférence pour la musique, comment dire, émouvante ? Brian : Probablement. Et nous sommes un groupe très émouvant, depuis le début... Les Français sont lettrés. Ils aiment la poésie. Mais si ça se trouve, le fait d'avoir passé des années à regarder la télé française m'a rendu plus compétent dans ma façon de communiquer avec eux. D'ailleurs je vais passer Noël à Paris, ce qui prouve à quel point j'apprécie l'endroit... Vous venez tous les trois de pays divers. Pensez-vous que le secret de Placebo réside dans ces différences culturelles ? En choeur : Absolument. Stefan : Ca nous a permis d'échapper à ce mouvement britpop très insulaire, puisque Placebo est un moyen pour trois personnes radicalement différentes d'exprimer ce qu'elles veulent, de façon individuelle. Brian : Aucune étiquette ne peut définir ce groupe. Je pense sincèrement que nous sommes arrivés au bon endroit au bon moment, à savoir en Angleterre à l'époque où la brit pop faisait la loi. Nous étions très anti-mode. Et pour cause, en dehors de Steve qui a grandi en Angleterre, le reste de Placebo ne partageait pas du tout la même culture musicale. Mon père n'a jamais écouté Small Faces, je n'ai pas vu Dexy's Midnight Runners à "Top Of The Pops" et je n'étais même pas là à l'époque du prétendu Summer of Love de 1987. Ca explique tout : je n'ai jamais pu avoir le désir d'immiter des gens dont je n'avais jamais entendu parler. On imagine aisément l'effervescence de la scène luxembourgeoise... Brian : Il n'y avait rien, en dehors de "Snub TV", une émission anglaise. Un truc alternatif qui passait les Pixies, Ultra Vivid Scene ou Galaxie 500. C'était déjà ça. Au Luxembourg, vous étiez considérés comme des freaks, vous et Stefan ? Stefan : Pas moi, parce que j'étais très doué pour le basket. Et Brian a habité au Liban et au Liberia ? Brian : Mon père était banquier là-bas. En fin de compte, vous êtes presque nomades, au moins pour deux d'entre vous. Cette particularité vous rend-elle la vie en tournée plus facile ? Brian : Peut-être pas moins bizarre. En dehors de Steve, personne n'a le mal du pays puisque nous n'avons pas de pays. En tout cas nous ne vivons pas là où nous avons grandi. Vous avez le sentiment d'être sans racines, sans identité culturelle ? Stefan : Certainement. Brian : C'est assez perturbant mais je dois admettre que c'est le cas. Stefan : Je suis Suédois mais il est clair que je n'irais vivre là-bas pour rien au monde. Brian : Même Steve n'a rien à foutre de Manchester. Steve : C'est Londres qui me manque. Brian : Dans le groupe c'est Steve qui est porté sur la famille. Vous voyez, même dans un groupe supposé aussi décadent que Placebo, il y a toujours du temps et de l'espace pour avoir une famille. Depuis vos débuts, de nombreux journalistes estiment que Brian s'est composé un rôle, comme Bowie, Morrisey, Brette Anderson ou beaucoup d'autres supposés manipulateurs (Brian Warner), sexuellement parlant. Vous avez trouvé ça juste, irritant ou dégradant ? Brian : J'ai surtout pensé que c'était très paresseux. Etre dans un groupe c'est avant tout être libre. On ne pourrait pas s'habiller ou se maquiller de la sorte si on travaillait dans une banque, n'est-ce pas ? Le groupe nous permet de prendre certains aspects de nos personnalités et de les exagérer parce qu'avant tout, nous faisons du spectacle. Mais il ne faut pas oublier que l'aspect qu'on souligne est le nôtre, ce n'est pas une invention.Vous par exemple, vous n'êtes pas la même personne lorsque vous faites une interview que lorsque vous êtes chez vous. Idem pour moi quand je suis sur scène. Bowie prétendait être avant tout un acteur. Marilyn Manson n'est évidemment pas un songwriter... L'actorat n'est-il pas le brevet obligatoire pour faire du rock, aujourd'hui ? Brian : Non, parce qu'un acteur apprend à devenir quelqu'un d'autre... En puisant néanmoins dans ses émotions, basées sur ses propres expériences... Steve : Juste. Stefan : Correct. Brian : Bien sûr. Mais pour autant, l'acteur cherche à imiter ce qu'il estime être quelqu'un d'autre. Le performer ne devient qu'une exagération de ce qu'il est déjà. Steve : Ce sont des facettes différentes : on se réveille avec un état d'esprit totalement différent de celui qu'on aura sur scène, le soir même. Vous êtes donc un peu schizophrènes... Brian : Bien sûr. Sur scène je suis un géant et ensuite il faut que je redevienne normal (c'est-à-dire u peu plus grand que Michel Petrucciani, paix à son âme - NdA). La plupart du temps c'est difficile et épuisant. Particulièrement sur une base quotidienne. Et l'enregistrement de "Without You..." On a du mal à imaginer comme une partie de cartes, avec des compétitions de coussins péteur... Brian : L'enregistrement a été très facile. Le processus d'écriture était forcément plus délicat puisqu'il fallait coucher sur papier et sur bande des sentiments assez douloureux. Particulièrement pour les morceaux lents, tous écrits en studio à Londres, à une période pour le moins introspective. J'avais l'impression de me désintégrer... Steve : Pourtant, nous savions parfaitement où nous allions, musicalement. Brian : C'est ce qui devient très agréable : plus le temps passe, plus nous sommes déprimés au même moment et les instants d'euphorie deviennent également collectifs. Etre sur la route dérègle considérablement les constitutions. Du coup, trois personnes se modifient en même temps. Stefan : C'est comme les filles qui, à force d'être ensemble, ont leur règles au même moment. Brian : Excellente comparaison. Vous arrive-t-il de regretter d'avoir tenu à la presse des déclarations probablement trop personnelles ? Ce qui vous aurait permis de ne pas vous retrouver en caricatures, catalogués comme trois zarbis perpétuellement défoncés, maquillés et sapés comme des filles de provinces anglaises... Brian : Non, parce que ça fait partie du jeu. Au contraire, je pense que nous avons eu des couilles et que nous avons été très honnêtes. Peut-être trop. Mais dans le même temps, je sais que cet album est tellement profond et complexe que personne ne peut plus nous prendre pour des clowns, des personnages de dessins animés. Est-ce bien clair ? Certainement. Mais vous savez que dans votre public, de nombreux clients s'intéresseront toujours plus à votre maquillage qu'aux vertus de vos compositions... Brian : Peut-être, mais ça ne va pas m'empêcher de me maquiller, parce que j'aime ça. Ce quiproquo sur le glam rock à votre sujet est assez difficile à comprendre... Steve : Moi en tout cas, je n'ai rien compris. Ce ne sont que des conneries. Tout ça parce que nous avons participé à "Velvet Goldmine" et que deux gonzes dans le groupese maquillent ... Brian : Nous sommes certainement glamour mais, franchement, pas glam rock. Placebo est un groupe aux influences post-punk. Le glam ? Je m'en souviens même pas. Je ne sais même pas si j'étais né à l'époque. De mon temps c'était le disco. Les seules influences d'avant le punk sont probablement les Stooges et Velvet Underground. Mais franchement c'est Sonic Youthqui nous a le plus marqués. Récemment, les lecteurs vous ont élus parmi les meilleurs groupes de l'année. Pourriez-vous donner votre opinion sur les autres. Brian : A l'aise ! Smashing Pumpkins... Steve : J'aime bien le nouvel album. Il y a de bons morceaux là-dessus. Brian : Le problème c'est qu'il ne s'agit pas vraiment d'un groupe mais de l'extension de l'ego d'une seule personne. Garbage... Steve : Je ne suis pas trop fou du nouvel album. Stefan : C'est juste un rêve de producteur. Brian : Trois producteurs qui font un album qui sonne assez robotique et convenu... Franchement ça manque un peu d'humanité. Mais j'aime bien les paroles torturées de Shirley. Elle est très douée pour faire de l'excellente pop. Stefan : Trop parfaite. R.E.M ? Steve : Excellent nouvel album. Brian : Absolument, c'est très intéressant. Parfois on entend l'influence de Michel Stipe dans votre façon de chanter... Brian : Ça ne m'étonne pas parce que je suis fanatique de REM depuis très longtemps. Ses paroles sont fantastiques, d'une manière abstraite. Beastie Boys ? Brian : Un album cinglé. Nous l'avons écouté en permanence. Steve : Nous avons beaucoup dansé sur "Intergalactic". Pulp ? Brian : J'étais plus fan quand Jarvis était plus kitsch. Ça m'ennuie de l'entendre larmoyer sur son père. "A Little Soul" c'est trop normal. Mais "This is Hardcore" et "Party Hard" sont excellents. Radiohead ? Brian : Comment est-il possible de ne pas aimer Radiohead ? C'est possible. Brian : OK, le dernier sonne un peu Pink Floyd mais "The Bends" franchement est un chef-d'oeuvre. En tout cas, Radiohead a créé son propre univers et son propre langage, ce qui est très rare pour un groupe de rock. Rolling Stones ? Steve : Les Stones, c'est pas possible... Stefan : Oh ! Brian (très las) : Franchement, qui s'intéresse aux Stones aujourd'hui ? Plein de gens. Izzy Stradlin, les anciens roadies des Dogs d'Amour, des Quireboys... Brian : Allons, allons... Ces gens quittent leur salon de temps en temps, vont dans des stades de foot, jouent un peu de rock and roll et rentrent chez eux pour enfiler leurs chaussons avec un peu plus d'argent sur leur compte en banque. Steve : Cette annulation en Angleterre pour des raisons fiscales c'est assez honteux. Mais c'est vrai qu'ils ont fait de bons disques... Il y a longtemps. Brian : Ces jours-ci on peut dire qu'ils ne sont franchement pas inspirés...
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