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Without You I'm Nothing Après s'être largement inspiré de la philosophie récurrente, pseudo-rebelle, du "sex, drugs & rock 'n' roll", Brian Molko, porte-parole de Placebo, paraît vouloir privilégier désormais une certaine profondeur, sans pour autant renoncer à flirter avec la mode et séduire une adolescence désorientée. Pari difficile, mais commercialement remporté apparemment... Opportuniste ou révélation britannique de ces dernières années? Ça a le goût du glam, mais avec un nom pareil, aurait-on affaire à un produit de substitution ? C'est très étrange, mais la plupart des critiques vis à vis de Placebo semblent surtout s'adresser à toi, Molko. Ne vous sentez-vous pas frustrés qu'on ne parle pas davantage de votre musique ? Brian Molko: Absolument et cela me rend furieux! Mais dans un sens, c'est moi qui ai provoqué cette réaction des médias. A nos débuts, j'exagérais sans cesse, tant par un désir pathologique d'attention que pour mon propre bien. Je pensais que donner tout ce que j'avais était nécessaire. Je devais nourrir ce monstre que j'avais engendré et je n'ai pas réalisé que si je continuais, j'allais être enseveli sous un tas de fumier. Mais les médias maintiennent inlassablement le même comportement envers moi et cela devient très lassant. Je subis maintenant une forte pression. Parfois, j'ai l'impression d'être un personnage de dessin animé et que le groupe est perçu comme un vaudeville grotesque, non comme une véritable entité musicale. Comment penses-tu remédier au problème? Penses-tu changer ton image et celle du groupe ? Brian Molko : Tout simplement en tuant la bête! C'est comme dans "Frankenstein": le savant crée le monstre qui se met à parcourir le village en tuant des gens; pour l'arrêter, la seule solution est de le tuer. J'ai finalement réalisé que je devrais sans doute être plus prudent avec les médias, histoire de calmer le monstre dans un premier temps. De toutes ces histoires qui circulent sur moi, il y a un fond de vérité, mais à chaque fois, c'est disproportionné. Stefan Olsdal : Je crois que l'image du groupe change dans l'esprit du public, en grande partie grâce au nouvel album qui est plus rock, mais moins basique dans ses paroles. C'est une confession musicale, mais pas évidente de prime abord. Le premier album parlait surtout de sexe, de fiesta; le second est plus sombre, barge et assez énervé dans l'ensemble. Est-ce le reflet d'une expérience personnelle ou de l'attitude de tout le groupe ? Steve Hewitt : C'est surtout Brian qui a impulsé ces idées, mais nous partageons indiscutablement ses sentiments. L'album est le reflet des deux dernières années passées principalement à tourner. Nous avons appris à nous connaître, mais Brian a surtout vécu une rupture sentimentale (NdJ: avec l'actrice Lisa Walker), ce qui n'est heureusement pas mon cas, car je suis marié. Beaucoup de choses ant été perdues, sacrifiées sous la montagne de drogue consommée. Je suis dans le groupe depuis deux ans, mais les autres tournaient déjà depuis un an quand je suis arrivé. Trois années sur la route, c'est forcément au détriment d'une part de ta vie privée. Ce disque exprime le vide que tu ressens quand tu rentres chez toi et que personne ne t'attend. Des tas de gens t'aiment dehors, mais ton lit est vide. C'est le même sentiment de solitude qui t'envahit parfois lorsque tu te trouves dans une pièce bondée sans savoir en qui tu peux faire confiance, pour peu que tu puisses vraiment avoir confiance en quelqu'un... Brian Molko: Nous devons tous prendre une décision dans notre vie musicale: abandonner nos propres besoins émotifs pour réussir à faire avancer notre carrière. Une fois cette décision prise, des tas de choses passent au second plan. En prenant physiquement nos distances, nous brisons un lien affectif que nous ne pourrons jamais recréer. Cet album évoque aussi l'instant où nous réalisons que tout dégénère autour de nous et que nous n'avons plus de vie personnelle. Tout ce que nous avons fait dans le passé, toute cette attitude hédoniste ont abouti à un effet désastreux. Aujourd'hui, c'est comme un lendemain de fête et nous avons une sacrée gueule de bois. J'ai l'impression d'avoir pris la réalité en pleine tronche. Je suis accablé par les remords à tous les niveaux. On a beaucoup reproché à cet album d'être taillé sur mesure pour séduire le marché américain, par son côté sentimental, romantique. Brian Molko : C'est la même chose que de nous classer dans la catégorie glam-rock. C'est sans fondement et irréfléchi. Une invention de journaliste-feignasse. Nous n'avons reçu aucune directive de la maison de disques; on nous a seulement demandé de faire le maximum. Nous avons toujours voulu jouer une musique chargée d'émotions, avec une énergie naïve, libidineuse. Si avec cette méthode nous avons plus de succès, nous n'allons quand même pas nous en plaindre. Steve Hewitt : C'est seulement un moment dans la vie du groupe, un épisode dans son histoire... Brian Molko : Nous avons beaucoup étudié les motivations de nos fans (NdR: le fan club compte 60 000 membres, ce qui garantit à PLACEBO d'être disque d'or à chaque album) et nous avons découvert que nous plaisions aux adolescents qui essayent d'affirmer leur liberté. Sans fausse modestie, je pense que nous répondons tout à fait à leurs attentes. De plus en plus de clones de PLACEBO se baladent dans les rues d'Angleterre. Autrefois, vous essayiez de garder vos distances vis à vis d'eux, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui, apparemment. Brian Molko : Je n'arrivais pas à comprendre qu'on puisse vouloir imiter quelqu'un qui vit lui-même dans le doute. Puis j'ai réalisé que ces gosses étaient probablement dans le même état d'esprit d'instabilité, mais à un niveau plus personnel et moins public que moi. A présent, je prends cela comme un compliment et je n'ai pas le droit d'être désagréable envers ceux qui ont choisi de me prendre pour modèle. Et comme on dit: la copie est la meilleure expression de reconnaissance. C'est aussi pour ça que je me suis coupé les cheveux. Je garde ainsi une tête d'avance sur mes clones ! Toujours dans l'intention de réactiver le glam... Brian Molko : Peut-être, sur le plan visuel et vestimentaire, mais pas musicalement. Nous sommes à mille lieux de ce que j'appelle le vrai glam, et je ne parle pas de guignols du genre Gary Glitter, The Sweet et Mud. Quand j'ai découvert "Ziggy Stardust & The Spiders From Mars" de Bowie, j'ai trouvé que c'était un bon album de rock, mais ça a surtout fait tilt avec Iggy période Stooges et le Velvet Underground. J'ai davantage été influencé par le son que par l'esthétisme. Bowie et Roxy Music étaient les vrais pourvoyeurs du style et pas des seconds couteaux comme Slade. Eux, c'était plutôt des zozos qui avaient piqué les sous-vêtements de leurs mamans. Nous n'avons rien à voir avec ça! Votre collaboration au film glam "Velvet Goldmine" ne risque pas de dissiper l'ambiguïté de vos intentions. Brian Molko : Oui et alors? Nous avons été heureux de participer à ce film. C'était une expérience très intéressante. Dommage que Bowie n'ait pas été impliqué, mais il a, paraît-il, son propre projet de film glam. J'adore jouer, j'ai pris des cours de comédie et j'aimerais bien participer davantage, si les projets du groupe me le permettent. La musique reste notre priorité. Placebo a repris "20th Century Boy" de Marc Bolan pour le film et vous avez fait équipe avec David Bowie pour l'interpréter aux Brit Awards, le 16 février. Vous avez travaillé avec lui avant, en jouant pour ses cinquante ans au Madison Square Garden. Vous a-t-il promulgué quelques conseils ? Brian Molko : Pas vraiment. Simplement de faire attention à la mode, la fortune et la gloire. Il nous a avertis de ne pas nous laisser emprisonner dans une mode et de changer sans arrêt pour ne jamais devenir l'expression d'un seul instant. Il nous a conseillés d'être honnête dans l'écriture et la composition, parce que la gloire ne dure qu'un moment si elle est basée sur des déceptions. Bowie est le plus grand artiste de ces trente dernières années. Vous êtes également amis avec Michael Stipe (R.E.M.) et Bono (U2), et vous fréquentez à l'occasion Sonic Youth. A présent, avez-vous le sentiment de faire partie de l'establishment rock ? Brian Molko : Vraiment pas. Nous en sommes très loin. Nous sommes toujours en admiration devant ces mecs et les apprécions avant qu'ils nous "adoptent". Bowie nous a dit qu'il aimerait nous produire et j'adorerais. Bon sang! Michael m'influence beaucoup. C'est un chanteur quasiment soul et j'aimerais explorer ce style avec le prochain album, parce que j'en ai un peu marre du chant haut perché. Je veux de la chaleur. Jouer avec David Bowie figure parmi les expériences les plus marquantes dans la carrière du groupe. A New York, il nous avait présenté Lou Reed et je m'étais mis à bégayer comme un idiot devant Sonic Youth. J'avais l'impression de redevenir un môme, un fan qui rencontre ses idoles pour la première fois. Ces artistes t'ont indiscutablement influencé et même si tu défends ton originalité en pensant être toi-même, beaucoup voient en toi une synthèse de toutes ces influences. Brian Molko : La plupart des musiciens se battent avec le concept d'identité mais il est impossible d'être totalement original. Nous ingérons toutes ces choses que nous aimons et nous les digérons. C'est le processus le plus important dans ce monde supposé post-moderne où nous vivons. Le jeu consiste à compulser des éléments que tu aimes pour les articuler différemment. Mais cette explication est très abstraite et ce n'est pas forcément la première chose à laquelle tu penses quand tu es en studio. De tous tes "amis" du show-biz, Marilyn Manson semble être celui qui tient le plus à ce que tu conserves ton image, puisqu'il raconte à qui veut l'entendre que tu aimerais lui faire une imitation de Monika Lewinsky ! Brian Molko : Ah, Marilyn! Le maître de la manipulation, de toutes les rumeurs... La vérité, c'est que nous nous connaissons depuis un bon moment et lorsqu'il était à Londres, il m'a invité à boire un verre. Voilà tout...
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